Celencia | Focus sur les agrégateurs de comptes bancaires
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Focus sur les agrégateurs de comptes bancaires

Focus sur les agrégateurs de comptes bancaires

Sous couvert d’arguments divers tels que la lutte contre la fraude, des problèmes de sécurité des données ou encore l’absence d’un cadre juridique adapté, les établissements financiers n’ont, jusqu’à présent, pas ou peu favorisé le développement des pratiques dites d’agrégation de compte bancaire. Ne disposant pas d’accès aux données du client, les solutions existantes s’apparentent à des outils de gestion de budget avec peu de fonctionnalités dynamiques ou à valeur ajoutée.

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Pour autant le succès est au rendez-vous comme le prouve les chiffres d’audience annoncé par Mint (20 millions de clients) ou encore yodlee (45 millions de clients).

 

Cela devrait changer en 2017 avec l’entrée en vigueur de la directive de service des paiements (DSP2)

 

DSP2 : de quoi parle-t-on ?

 

La DSP2 (adoptée par le parlement européen le 08/10/15) doit être transposée dans le droit national fin 2017 au plus tard. Elle fait suite à la DSP1 (2007) qui avait pour objectif d’harmoniser les services de paiement au sein de l’union européenne et de stimuler la concurrence. Entre temps les fintech ont quelque peu bouleversé le marché. Un nouveau rôle en particulier n’existait pas dans la législation actuelle, celui de tiers de paiement (Third Party providers ou TPP).

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La directive précise que toute entreprise qui fournit et conserve des informations sur des comptes clients doit rendre ces données accessibles à des tiers sous réserve que le client en ait donné l’autorisation. La DSP2 impose aux banques de transmettre de façon sécurisée les données nécessaires à l’activité des TPP via des interfaces de programmation applicatives (API). En contrepartie, cette directive impose aux TPP les mêmes exigences que pour les établissements « classiques » : information, transparence et sécurité des paiements.

 

Un statut quo bientôt intenable pour les banques traditionnelles

 

Les acteurs traditionnels devront supporter la mise en place de ces nouvelles infrastructures techniques (API en particulier), si la directive ne précise pas à ce stade les exigences de sécurité et de gestion des risques auxquelles seront soumises les banques et les TPP, l’éventail promet d’être large puisque cela suppose d’embarquer l’ensemble des risques associés à ces nouveaux services de paiement (KYC, LAB…) sur l’ensemble de la chaîne de valeur.

 

Fondamentalement, en favorisant plus largement la concurrence des Fintech, ce nouveau dispositif va fragiliser encore le modèle captif et intégré de la banque universelle. Parce qu’il autorise une plus forte désintermédiation de la relation client, il va conduire à une déconnexion de plus en plus forte entre un compte bancaire et les différents services associés. C’est toute la chaîne de valeur des établissements financiers traditionnels qui peut être remise en cause par de nouveaux entrants hyper-spécialisés et agiles.

 

Le statut quo n’est donc plus possible pour ces établissements et les initiatives se multiplient ces derniers mois avec des stratégies qui diffèrent :

 

  • Pour les banques en lignes, l’agrégateur ressemble à un cheval de Troie idéal, il permet d’occuper une place centrale dans le parcours client à partir d’un simple compte secondaire. Le rachat de Fiducio par Boursorama est à ce titre révélateur.

 

  • Pour d’autres acteurs du tertiaire financier, cette directive constitue une réelle opportunité pour dépasser leur positionnement traditionnel. C’est le cas de MAIF qui mise sur la notoriété de sa marque pour se positionner en tiers de confiance avec sa solution Nestor. La solution qui vise 500 000 utilisateurs à horizon 2020 doit permettre de regrouper et de visualiser l’ensemble du patrimoine bancaire (comptes, crédit, moyens de paiement alternatifs, assurances vie, produits d’épargne traditionnels…). A noter que pour éviter le mélange des genres, l’assureur affirme garantir la parfaite étanchéité de sa solution « nous ne rentrerons pas dans l’espace des utilisateurs et nous n’aurons pas accès à leur environnement bancaire » assure Pascal Demurger le DG du groupe.

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Les banques traditionnelles commencent à réagir, à l’image du Crédit Agricole qui privilégie une logique dite d’open API, interface de programmation permettant à des tiers d’accéder à des ressources internes de la banque (CA store). Ce choix permet à la banque de bénéficier de l’innovation de ses partenaires tout en maîtrisant et contrôlant la granularité des informations client qu’elle met à disposition.

 

Si des réticences client persistent tout particulièrement au regard de la confidentialité et de la sécurité des données, le mouvement semble inéducable et devrait s’accélérer dans les prochains mois. Cette évolution et la chute des barrières à l’entrée qu’elle induit doit nécessairement conduire les banques à ré inventer leur modèle de relation client, en attendant pourquoi ne pas constituer un agrégateur central et commun à l’ensemble des banques de la place permettant de prendre de vitesse les GAFA et fixer dès à présent leurs propres règles du jeu.